Connectes-toits!

Projet: Concours Europan 12 / Date: 2013 / Lieu: Paris / Coût: nc / Maître d’ouvrage: Ville de Paris / Mandataires-cotraitants: Yusuf Cakmak – Sense Architecture Urbanisme / Mohammed-Ali Chafter / Anissa Makhloufi / Satya Mallipoudy

1.Site et Problématique

Si nous devions évoquer ce projet, conçu pour le concours Europan 12,nous commencerions par évoquer le terreau même de la genèse: le site de la porte des poissonniers.De part son histoire, ce site anciennement situé sur les fortifications a vu après leur démantèlement son sol remodelé, au gré des différents réseaux ferroviaires et autoroutiers nécessaires au développement de Paris.

Imprimant leurs limites géologiques, il en a résulté une sorte d’îlot issu de la ceinture verte qui, bien que relié, semble isolé physiquement, voire mentalement. Ce flottement est notamment imputable aux limites des infrastructures de vitesse, aux longues distances, à l’absence de maillage, à la faible densité relative et surtout au manque de centralité ressentie.

Cette centralité existant pourtant non loin via les portes de Clignancourt ou de la Chapelle. Sans parler du pôle universitaire en croissance à l’Est et du pôle Chapelle international qui se précise à l’Est. Ainsi, là où bon nombre n’y verraient qu’un no man’s land fonctionnel, nous y avons trouvé une richesse insoupçonnée. Celle d’un bandeau isolé qui bien qu’issu du zoning porte en lui un incroyable potentiel de part sa position stratégique entre des pôles intenses et aussi au vu des réseaux de transports dont il peut bénéficier. Richesse d’espace et de verdure aussi…

Alors comme une vision: celle d’un morceau de terre noyé entre les flots de vitesse cherchant à tisser des liens avec la grande île du sud. Ce Paris densifié, saturé, poursuivant difficilement sa croissance. Elle se précise: Porte des poissonniers, une île sans attaches à connecter.

2.Stratégie et Concept

La problématique de connexion posée, nous devions trouver le cœur du projet, point de départ de la nouvelle centralité à développer. Ce fut comme une évidence… Le grand bâtiment en brique avec tour de la caserne Gley répondait parfaitement aux critères avec ses quatre hauts niveaux de 5m (dont un au sous-sol), son plan libre (poteaux/poutres) s’adaptant facilement à n’importe quelle affectation de fonction.

Et surtout son emplacement face à la future gare de tramway garantissait la mise en place de la dynamique attendue. Il n’y avait plus qu’à glisser la nouvelle mosquée comme socle sur le niveau enterré de livraison. Elle pouvait ainsi ouvrir au nord sur une place en pente douce donnant directement sur le mail. En effet, nous avons décidé de l’y faire glisser considérant que l’ancien bâtiment devait être détruit ainsi que l’annexe de la caserne, afin d’élargir le mail. Au-dessus d’elle venaient ensuite se superposer deux niveaux potentiels de commerce. Il ne restait plus qu’à poser à son sommet une toiture terrasse agrémentée de jardin.

Pour revenir au mail, il pouvait remonter à angle droit jusqu’au boulevard Ney, ceinturant de verdure le projet mais surtout désignant une connexion verte piétonne et cycliste évidente entre la porte de Clignancourt ainsi que son monde étudiant et notre nouveau centre. Les deux pôles étaient connectés. Tramway, vélos, autos, véhicules électriques en auto partage, future connexion avec le RER B, flux nomades du périphérique, shopping, dynamisme étudiant: tout pour faire de notre centre un fort nœud intermodal plein de mixité.

Il ne manquait plus qu’une chose, de la surface de parking conséquente pouvant répondre à une telle intensité. Le problème fut résolu de part la topographie même du boulevard NEY. Haut à la porte des poissonniers, il effectue une descente au niveau bas sur l’entrée de la caserne Gley pour remonter porte de Clignancourt.

Et si à partir de notre nouveau centre, le tramway et futur boulevard Ney filaient droits de niveau? Dans cette perspective il est alors possible de glisser trois niveaux de stationnement totalisant près de 1 000 places en sous-face. Il est de plus facile de l’éclairer naturellement via la petite ceinture au sud, via nos nouvelles places décaissées au niveau du projet et par l’ancienne pente portant des arbres(maintenus le long du boulevard Ney) au niveau des trois grandes tours de logements à l’ouest. Ces dernières devenant ceinturées par une fine barre de logements étudiants formant une façade sur le boulevard Ney pour, à partir de notre terrain, se prolonger en bureaux jusqu’à la tour de la caserne. Cette fine barre se superposant au-dessus d’une nouvelle voie automobile pouvant rejoindre directement la rue Belliard, le parking leur permettant maintenant une continuité, un nouveau maillage.

On imagine ainsi facilement des commerces aux pieds de ces trois tours générant une centralité et vie étudiante intense, un air de « quartier latin ». Se pose alors la question du logement.

Dans cette perspective nous voulons revenir sur le cas des réfugiés présents à la caserne Gley. Nous proposons de leur développer un concept de logements fins démontables types containers. Une fine barre avec commerces en RdC venant suivre les contours du gymnase situé à l’angle du mail Croisset/ Cocteau et de l’avenue de la porte des poissonniers. Somme toute, il ne nous restait plus qu’à trouver la meilleure disposition urbaine pour densifier du logement et permettre ainsi la prise d’un vrai cœur urbain.

Mais cependant restait en suspens la question du maillage avec ce Paris dense au Sud et une hypothétique connexion évidente avec le pôle Chapelle international sur le point de naître. Nous décidâmes de lancer une passerelle piétonne dans le prolongement de l’entrée principale au-dessus de la ceinture verte mais le bloc épais de la RATP se présentait comme une muraille urbaine. Levant les yeux vers le ciel, ce fut comme une révélation : Pourquoi ne pas passer au dessus du bloc ?

Une photo aérienne poétique avec le skyline parisien sur Montmartre précisa la vision. Comme une envie de partir à pied au-dessus des toits, retrouver l’horizon, au gré de promenades agrémentées de verdure. Et surtout, pourquoi ne pas y loger, y vivre durablement en harmonie avec une nature retrouvée ? Permettre à une ville verte durable de 2 à 3 niveaux de glisser sur l’ancienne sans réduire l’ensoleillement de ses rues, de ses îlots. Un réseau vert sur l’ancien pour le régénérer : la ville de demain. Mais comment ? Tout simplement en ouvrant une connexion vers le ciel parisien. Comment de notre projet propose d’y arriver?

En le densifiant par une stratification fonctionnelle, sociale, temporelle et environnementale via un mille-feuille spatial permettant d’arriver au niveau du R+6 dense de la galette urbaine parisienne. Voir bien au-dessus, prêt à attendre et anticiper la future densité. Le concept était né. Porte des poissonniers, une porte vers le ciel : Paris « connect toits ».

3.Ambitions et perspectives

Depuis les origines, les hommes se déplacent pour diverses raisons. L’histoire a ainsi façonné, autour du mouvement, des archétypes de villes dans lesquelles nous vivons encore aujourd’hui. A ce titre « Connect toits » correspond à un projet innovant de mobilité durable et par conséquent à un défi dans la manière de fabriquer la ville sur la ville à l’échelle métropolitaine.

Dans sa manière de générer du flux et de la connectivité, le concept de « Connect-toits » constitue une innovation majeure pour la ville de Paris car il va permettre de générer de nouveaux espaces urbains « hors sol » qui étaient jusqu’alors insoupçonnés. Les villes sont confrontées aujourd’hui à un système de mobilité en pleine mutation et la Ville de Paris d’autant plus par son statut de capitale et de métropole mondiale. En ce sens « Connect toits » répond à cette mutation, permettant l’avènement d’un nouveau modèle urbain générant de nouveaux usages, de nouvelles pratiques dans la ville. Cette première porte vers le ciel de Paris va permettre d’entrer dans une nouvelle ère urbaine, dans la métropole du futur. Une nouvelle urbanité des toits est en marche et va représenter une véritable innovation dans la ville européenne contemporaine comme jadis l’eut été le démantèlement des remparts au profit d’un parti pris circulatoire périphérique.

De plus, la création de ce nouveau maillage urbain sur les toits est adaptable, modulable et connectable au reste de la ville et en cela il va permettre de créer de nouvelles ambiances urbaines pour la ville de Paris de favoriser la mixité des fonctions présentes (équipement, fret, etc.) sur le site et celles prévues dans les futurs projets urbain (université, logement, etc.) et donc impulser une dynamique nouvelle dans ce territoire en pleine mutation. Il s’agira de pouvoir à terme inciter d’autres projets d’aménagement hors sol qui pourront être reliés entre eux par des passerelles et des portes et ainsi pouvoir se calquer sur le modèle de développement urbain polycentrique de la ville actuelle. Outre le fait de représenter une évolution technique, technologique, et environnementale majeure, « Connect-toits » se propose d’apporter des solutions alternatives de déplacement dans la ville dense, de multi modalité et de multi-spatialité accessible à tous.

Pour ce faire, la nécessité de mettre en place un outil de gouvernance adapté mêlant nécessairement secteur public et privé est manifeste. Théoriquement, la Société d’Economie Mixte S.E.M parait être un vecteur d’action intéressant pour créer, gérer et coordonner ces nouveaux espaces imbriqués dans d’autres. A ce titre la S.E.M. bénéficie de la souplesse du statut d’une société classique dans tous les domaines d’intervention qui la caractérise (gestion, exploitation, construction, aménagement etc.) tout en assurant à la collectivité (51 à 85% d’investissement financier) d’avoir un contrôle politique sur les processus décisionnels collectifs. Nous pouvons alors imaginé à long terme une réelle ville sur la ville gérée par des partenariats public/privés qui fonctionneraient harmonieusement à l’instar du modèle Montrealais qui à contrario a développé une ville sous la ville avec un système de circulation souterrain polycentrique.

Il faut toutefois noter que « Connect toits» a la particularité de se vouloir durable dans sa manière de respecter les grands cycles de la nature (pluie, vent, énergie solaire). D’ailleurs, peut-être qu’un jour des voitures électriques adaptées (moins lourde, faible vitesse etc.) en auto partage pourront circuler sur des systèmes de passerelles techniquement élaborées au sommet des immeubles parisiens et que les trajets quotidiens se compteront à vol d’oiseau ?

Il manquait donc un 6ème point à l’architecture moderne: « Connect-Toits »! Suivi inévitablement par le 7ème point « L’horizon retrouvé ».

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